La société civile professionnelle (SCP) pour exercer en libéral à plusieurs

Ghislain Tavernier
10 mai 2026
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La société civile professionnelle, ou SCP, offre une voie structurée aux praticiens qui veulent partager une activité sans adopter une logique commerciale ni diluer leur identité.

Ce cadre séduit autant qu’il expose, car la confiance entre associés devient le socle du projet. Destinée à un exercice libéral collectif, elle organise un cabinet de groupe entre membres de professions réglementées, avec partage des honoraires, agrément des nouveaux entrants et responsabilité personnelle sur les actes accomplis.

La SCP s’adresse aux professions libérales réglementées

La société civile professionnelle, dite SCP, répond à une logique précise. Elle ne doit pas être confondue avec l’expression impropre « société civile professionnel d’exercice libéral », qui mêle deux notions distinctes. Cette forme repose sur un cadre juridique civil, conçu pour réunir des professionnels soumis à des règles d’accès et de déontologie propres à leur métier.

Son champ se limite aux professions dont l’exercice est encadré par un texte, un ordre ou une autorité. Elle sert donc une activité libérale réglementée, et non une activité libérale libre. La SCP organise un exercice professionnel commun : les associés travaillent dans la même structure, facturent par son intermédiaire et partagent les résultats selon les statuts.

Qui peut créer une société civile professionnelle ?

La création d’une SCP suppose au moins deux professionnels exerçant le même métier. Les membres doivent être des associés personnes physiques, car cette société n’accueille pas une personne morale au capital pour porter une simple participation. Chacun participe au cabinet par son activité personnelle, avec les obligations déontologiques attachées à sa profession.

La société n’est possible que pour des professions autorisées par leurs textes propres. Avant l’immatriculation, le dossier passe, selon le cas, par l’ordre professionnel compétent ou l’autorité habilitée. L’inscription au tableau, l’agrément ou l’autorisation préalable conditionne alors le droit d’exercer sous forme de SCP, sans quoi le cabinet ne peut pas fonctionner valablement.

  • Professions de santé : médecins, chirurgiens-dentistes, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, vétérinaires.
  • Professions juridiques ou judiciaires : avocats, notaires, commissaires de justice, greffiers de tribunal de commerce.
  • Professions techniques : architectes, géomètres-experts, experts-comptables, conseils en propriété industrielle.

Une forme civile distincte de la SEL et de la SCM

À première vue, la SCP peut sembler proche des autres cadres offerts aux professions libérales. Sa logique reste pourtant singulière : les associés exercent ensemble la même activité réglementée, au nom de la société, avec mise en commun des recettes et des charges. La société d’exercice libéral emprunte, elle, les mécanismes des sociétés commerciales adaptées au libéral, avec une séparation plus nette entre capital, gouvernance et risque patrimonial.

La SCM se situe encore ailleurs : elle paie un bail, du matériel ou un secrétariat, sans porter les actes professionnels. Qualifiée de société civile de moyens, elle ne facture pas l’activité libérale. Dans une SCP, la société encaisse les recettes et répond des dettes selon un régime civil exigeant. Cette différence rejaillit sur la responsabilité financière, car la SCM reste une structure de moyens, tandis que la SCP incarne le cabinet lui-même.

StructureObjet juridiqueExercice professionnelResponsabilité sur les dettesLogique principale
SCPExercice commun d’une profession libérale réglementéePorté par la sociétéIndéfinie pour les associésCabinet commun
SELExercice libéral sous forme de société de capitauxPorté par la sociétéEn principe limitée aux apportsOrganisation proche des sociétés commerciales
SCMMise en commun de frais et d’outilsConservé par chaque professionnelLiée aux engagements de moyensMutualisation des charges

Pourquoi choisir une SCP pour un cabinet de groupe ?

Un cabinet de groupe cherche rarement une simple addition de bureaux fermés. Avec la SCP, l’activité devient collective : les associés exercent sous une même bannière, financent les charges du cabinet et perçoivent les recettes dans un cadre commun. Le partage des honoraires peut alors être réglé par les statuts, selon la présence, l’apport d’activité ou les accords internes.

Cette forme sert aussi la discipline quotidienne du cabinet. Les statuts peuvent préciser les congés, les achats d’équipement, les pouvoirs du gérant, l’arrivée d’un associé ou le départ d’un praticien. Une organisation du cabinet bien écrite limite les malentendus, surtout quand une clientèle commune se construit au fil des années autour du nom de la société.

À retenir : la SCP donne un cadre cohérent aux professionnels qui veulent exercer ensemble, mutualiser leurs recettes et assumer une stratégie commune.

Les règles de constitution encadrent fortement la société

La SCP naît d’un cadre très balisé, car elle permet l’exercice en commun d’une profession libérale réglementée. Les associés, tous personnes physiques autorisées à exercer le même métier, rédigent des statuts précis sur la gérance, la répartition des bénéfices, les entrées et les départs. Le capital social libre peut être fixé à un montant modeste, par exemple 1 €, puis divisé en parts sociales. Le dossier s’organise autour de quelques vérifications concrètes.

  • rédiger et signer les statuts de la SCP ;
  • identifier les apports en numéraire ou en nature ;
  • obtenir l’inscription, l’agrément ou l’autorisation professionnelle ;
  • publier l’avis de constitution lorsque la procédure l’exige ;
  • demander l’immatriculation au registre national des entreprises.

Les contributions des associés doivent correspondre aux usages de la profession et aux règles ordinales applicables. Les versements en numéraire ou les biens apportés forment le capital, tandis que les apports en industrie donnent des droits aux bénéfices sans l’augmenter. Les statuts professionnels passent par l’ordre, la chambre ou l’autorité compétente ; ces formalités de création précèdent l’immatriculation au registre national des entreprises.

La responsabilité des associés mérite une attention particulière

La SCP unit des professionnels qui partagent locaux, clientèle et moyens, mais elle ne gomme pas les lignes de responsabilité. Deux plans se superposent : la dette contractée par la société, puis le dommage causé au client, au patient ou au tiers pendant l’exercice. Un cabinet peut tourner sans incident pendant des années, puis être fragilisé par un seul impayé ou une réclamation mal anticipée.

Cette double exposition justifie une lecture fine des statuts, des contrats et des garanties souscrites. Les associés évaluent les risques patrimoniaux liés aux engagements communs, sans perdre de vue qu’une faute professionnelle reste rattachée à son auteur. Une assurance obligatoire, prévue par les règles de chaque profession, sert alors de filet juridique et financier.

Une responsabilité indéfinie sur les dettes sociales

Le créancier agit d’abord contre la SCP, car la dette naît dans son activité. Après des poursuites restées infructueuses contre la société, il peut réclamer le paiement des dettes sociales aux associés, sans se limiter au montant de leurs apports.

L’apport au capital ne fixe donc pas un plafond de perte. Un associé qui a versé 1 000 € peut voir son patrimoine personnel recherché, par exemple pour un loyer professionnel ou un emprunt resté impayé après la défaillance de la société.

Une responsabilité professionnelle attachée à chaque acte

La personnalité morale de la SCP ne transforme pas l’acte du praticien en geste anonyme. Lorsqu’un associé signe, conseille, soigne, plaide ou authentifie, ses actes professionnels demeurent les siens, même s’ils sont accomplis pour le compte du cabinet commun.

La victime peut rechercher l’associé concerné et, selon les cas, la société peut être tenue avec lui. La responsabilité civile professionnelle doit donc couvrir la SCP et les membres exerçants, avec des garanties alignées sur les exigences de l’ordre, de la loi ou de l’autorité compétente.

Comment fonctionne la gérance d’une SCP ?

La SCP peut être dirigée par un ou plusieurs gérants, choisis parmi les associés exerçant la profession. Ils représentent la société auprès des tiers, signent les actes utiles au cabinet et veillent à la continuité de l’activité. Dans ce cadre, les pouvoirs du gérant couvrent les actes entrant dans l’objet social, sans transformer la direction en blanc-seing.

Les statuts donnent le ton de la gouvernance. Ils précisent la durée du mandat social, la rémunération éventuelle, les conditions de révocation et les actes soumis à accord préalable. Ces limites statutaires protègent les associés lorsqu’un emprunt, un bail ou une dépense engage durablement le cabinet. Une répartition lisible des rôles rend la gestion quotidienne plus sereine.

Point de gouvernanceOrganisation possible en SCPEffet pour le cabinet
GéranceUn ou plusieurs gérants associésDirection exercée par des professionnels impliqués
ReprésentationActes entrant dans l’objet socialEngagement de la société auprès des tiers
EncadrementAutorisations prévues par les statutsContrôle des actes sensibles
RévocationModalités fixées par les statuts et les textes applicablesStabilité de la direction et prévention des blocages

Les décisions collectives organisent la vie du cabinet

Le gérant ne décide pas seul des orientations qui engagent durablement la SCP. Les choix structurants passent par l’assemblée des associés, réunie selon les statuts et les règles propres à la profession. Entrée d’un nouvel associé, modification de rémunération, investissement lourd ou révision de l’organisation interne relèvent alors des décisions statutaires ou collectives prévues.

Les statuts fixent les règles de majorité, avec parfois une majorité renforcée pour modifier l’équilibre du cabinet. Le débat gagne à rester formalisé, car une décision orale se prouve mal en cas de désaccord. Chaque vote doit donc être relaté dans un procès-verbal, signé puis conservé dans le registre social, afin de sécuriser la mémoire juridique de la SCP.

À retenir : une décision collective bien consignée limite les contestations entre associés et protège la continuité du cabinet.

Quel régime fiscal s’applique à la SCP ?

La fiscalité d’une SCP suit la logique des sociétés de personnes. Le résultat du cabinet est calculé au niveau social, puis chaque associé déclare sa quote-part à l’impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Loyers, salaires ou logiciels diminuent le résultat. Les statuts peuvent prévoir une répartition des bénéfices selon les parts, le temps de présence ou des critères professionnels admis.

Le passage à l’impôt sur les sociétés donne une autre lecture du revenu. Une option pour l’IS peut être formulée à la création ou plus tard, auprès du service des impôts, avant la fin du troisième mois de l’exercice concerné. La société paie l’impôt sur son bénéfice ; les associés sont imposés sur leur rémunération et, le cas échéant, sur les dividendes. La renonciation reste possible jusqu’au cinquième exercice suivant.

  • Par défaut : imposition entre les mains des associés.
  • Sur option : imposition du résultat au niveau de la société.
  • À vérifier : effets sur rémunérations, dividendes et trésorerie.

La cession de parts reste soumise au contrôle des associés

La mobilité d’un associé reste encadrée, car l’arrivée d’un nouveau professionnel modifie l’équilibre du cabinet. Une cession de parts à un tiers exige en principe l’agrément des associés, selon les textes applicables et les statuts, avec un seuil pouvant atteindre les trois quarts des voix. Entre associés, la liberté demeure plus large, sauf clause contraire. Le projet se notifie à la société ; sans réponse dans les deux mois, l’accord peut être réputé donné.

Quand l’accord manque, la sortie ne doit pas devenir une impasse. Les associés disposent de six mois pour organiser le rachat des parts, ou proposer un professionnel accepté ; faute de solution, l’autorisation peut être réputée acquise. Un expert fixe le prix en cas de désaccord. La mutation supporte des droits d’enregistrement de 3 %, après abattement de 23 000 € proratisé, avec un minimum de 25 €. Pour une société à prépondérance immobilière, le taux atteint 5 %.

La réforme de 2023-2024 replace la SCP dans un cadre modernisé

Depuis le 1er septembre 2024, les sociétés utilisées par les professions libérales relèvent d’un socle plus lisible. L’ordonnance de 2023, ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, a regroupé et clarifié des règles jusque-là éclatées entre SCP, SEL, SPFPL et sociétés pluri-professionnelles d’exercice.

Pour la SCP, la réforme n’efface ni son caractère civil ni le principe d’exercice personnel au sein du cabinet. Elle la relie mieux aux autres formes ouvertes aux professions libérales réglementées, avec un cadre transversal qui facilite les comparaisons, sans gommer les règles déontologiques, les agréments et les exigences propres à chaque ordre professionnel. Cette mise en ordre aide les associés à situer leur projet avant les statuts, sans transformer la SCP en société de capitaux.

Un choix cohérent lorsque la confiance entre associés prime

La SCP garde tout son intérêt lorsque le cabinet repose sur un lien personnel fort. Au-delà du partage des locaux, des honoraires et des charges, la confiance entre associés soutient l’exercice en commun, car les décisions touchent la clientèle, l’organisation du travail et l’exposition patrimoniale de chacun.

Le choix ne se réduit pas à une formalité statutaire ou fiscale. Il suppose un arbitrage juridique entre simplicité civile, responsabilité indéfinie sur les dettes sociales et contrôle professionnel par les praticiens eux-mêmes. Pour deux notaires, plusieurs médecins ou des architectes déjà habitués à travailler ensemble, cette forme reste solide quand la solidarité financière a été discutée sans détour avant la signature des statuts.

FAQ sur la société civile professionnel d’exercice libéral (SCP)

Qu’est-ce qu’une société civile professionnelle (SCP) ?

La société civile professionnelle est une société civile qui permet à plusieurs professionnels libéraux réglementés d’exercer leur activité au sein d’une même structure. Les associés mettent en commun l’exercice de la profession, les honoraires et l’organisation du cabinet, tout en conservant leur indépendance déontologique. Elle concerne uniquement certaines professions autorisées par des textes spécifiques.

Qui peut créer une SCP ?

Une SCP doit être constituée par au moins deux associés, obligatoirement personnes physiques, appartenant à une profession libérale réglementée autorisée à utiliser cette forme. Les personnes morales ne peuvent pas devenir associées. Selon la profession concernée, une inscription à l’ordre, un agrément ou une autorisation préalable peut être exigé avant l’immatriculation de la société.

Quelle différence entre une SCP, une SEL et une SCM ?

La SCP sert à exercer la profession en commun, avec partage des honoraires et responsabilité indéfinie des associés. La SEL permet aussi l’exercice libéral, mais sous une forme de société de capitaux, avec responsabilité en principe limitée aux apports. La SCM se limite au partage de moyens, comme les locaux, le matériel ou le secrétariat, sans exercice commun.

Quelle est la responsabilité des associés d’une SCP ?

Les associés d’une SCP répondent indéfiniment des dettes sociales, ce qui peut engager leur patrimoine personnel si la société ne paie pas ses créanciers. Ils restent aussi responsables des actes professionnels qu’ils accomplissent. La société peut être tenue solidairement avec l’associé fautif en cas de dommage causé à un client, un patient ou un tiers.

Quel est le régime fiscal d’une SCP ?

Par défaut, la SCP relève de l’impôt sur le revenu. Les bénéfices sont calculés au niveau de la société, puis imposés entre les mains de chaque associé dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, selon sa part. La société peut opter pour l’impôt sur les sociétés, sous réserve de respecter les délais et conditions fiscales applicables.

Peut-on céder ses parts de SCP ?

Les parts sociales d’une SCP peuvent être cédées entre associés selon les règles prévues par les statuts. Une cession à un tiers nécessite en général l’agrément des autres associés, car la société repose sur l’exercice personnel de la profession. En cas de refus, les parts doivent être rachetées ou faire l’objet d’une solution prévue par les textes.